jeudi 18 avril 2019

Marivaux, La Vie de Marianne (1731-42)


MARIVAUX. La Vie de Marianne (1731-42). Paris : Stock (Cent Romans Français), 1947.


La raison vous choisirait, la folie des usages vous rejette.
(p. 183)

Car il y a de certaines gens dont l'esprit n'est en mouvement que par pure disette d'idées ; c'est ce qui les rend si affamés d'objets étrangers, d'autant qu'il ne leur reste rien, que tout passe en eux, que tout en sort [...].
(p. 246)

On s'accoutume à tout dans l'abondance. Il n'y a guère de dégoût dont elle console.
(p. 450)

Quoique l'amour-propre semble quelquefois négliger ses intérêts, il n'en est pas moins ardent à les soutenir. Il est l'âme de tous nos mouvements, il agi en secret ; nous ne l'apercevons seulement pas, et souvent nous lui sacrifions intérieurement dans l'instant même où nous croyons l'immoler ou l'anéantir.
(p. 564)


lundi 8 avril 2019

Incipits: Marivaux, La Vie de Marianne (1731-42)



Comme on pourrait soupçonner cette histoire-ci d'avoir été faire exprès pour amuser le public, je crois devoir avertir que je la tiens moi-même d'un ami qui l'a réellement trouvée, comme il le dit ci-après, et que je n'y ai point d'autre part que d'en avoir retouché quelques endroits trop confus ou trop négligés.
(Avertissement)


MARIVAUX. La Vie de Marianne (1731-42).


jeudi 28 mars 2019

Incipits: Erasme, Eloge de la Folie



La Folie parle.
Qu'on dise de moi tout ce qu'on voudra (car je n'ignore pas comme la Folie est déchirée tous les jours, même par ceux qui sont les plus fous), c'est pourtant moi, c'est moi seule, qui, par mes influences divines, répands la joie sur les dieux et sur les hommes.

Revenant dernièrement d'Italie en Angleterre, pour ne pas perdre en rêveries inutiles le temps qu'il me fallait passer à cheval, je prenais souvent plaisir, tantôt à repasser en moi-même nos études communes, tantôt à m'entretenir dans l'agréable souvenir des chers et savants amis que j'allais revoir.
(Erasme de Rotterdam à son ami Thomas Morus, Préface)


ERASME, Eloge de la Folie (1511). Trad. Thibault de Laveaux. Paris: A l'Enseigne du Pot Cassé, 1933.


jeudi 21 mars 2019

Incipits: Stephens, Here Are Ladies



Listen! If but women were
Half as kind as they are fair
There would be an end to all
Miseries that do appal.
('Women')

He had a high nose.
('Three Heavy Husbands')

It was now his custom to sit there.
('A Glass of Beer')

Do you hate me, you!
('One on One')

He was one of those men who can call ladies by their Christian names.
('Three Women Who Wept')

Nothing is true forever.
('The Triangle')

He sat cross-legged on the roadside beside a heap of stones, and with slow regularity his hammer swung up and down, cracking a stone into small pieces at each descent.
('Three Angry People')

When Brien O'Brien died, people said that it did not matter very much, because he would have died young in any case.
('The Threepenny-Piece')

Do not marry, Breed, asthore!
('Brigid')

She was about to be a mother for the second time, and the fear which is the portion of women was upon her.
('Three Young Wives')

He was tall and she was short.
('The Horses')

While I sit beside the window
I can hear the pigeons coo,
That the air is warm and blue,
And how well the young bird flew –
Then I fold my arms and scold the heart
That thought the pigeon knew.
('Mistress Quiet-Eyes')

Young Mr. O'Grady was in love.
(Three Lovers Who Lost')

He was one who would have passed by the Sphinx without seeing it.
(The Blind Man')

At the end of the bough, at the top of the tree
(As fragrant, as high, and as lovely as thou),
One sweet apple reddens which all men may see,
At the end of the bough.
('Sweet-Apple')

One awakened suddenly in those days.
('Three Happy Places')

If the Moon had a hand
I wonder would she
Stretch it down unto me?
('The Moon')

The old gentleman entered, and was about to sit down, when a button became detached from some portion of his raiment and rolled upon the floor.
('There is a Tavern in the Town')


James STEPHENS, Here are Ladies. London, MacMillan & Co., 1913.


jeudi 14 mars 2019

Gabriel Matzneff. La Jeune Moabite (2017)


Gabriel MATZNEFF, La Jeune Moabite. Journal 2013-2016. Paris : NRF Gallimard, 2017.


une bonne partie de nos chagrins vient de l'excessive place que nous accordons aux autres, à nos illusions touchant le besoin qu'ils ont de nous, l'intérêt qu'ils nous témoignent. [...] En réalité, les gens, y compris nos proches, se passent très bien de nous.
(pp. 229-230)

Mon journal intime ? Une somme de connaissances, d'observations, de réflexions, de choses vues sur les adolescentes, les jeunes filles, voire sur les femmes, car la femme qui, vingt ou trente ans après, renie son passé avec rage et détermination, le piétine, tente de l'effacer ou, mieux encore, le réécrit, est cette même adolescente ivre de bonheur de découvrir l'amour dans les bras de son premier amant, cette même jeune fille qui, après quelques années de félicité, ne se satisfait plus de ce qu'elle vit, commence à souffrir de jalousie, rêve de mariage, de maternité.
(p. 284)

Ne jamais sous-estimer l'emprise de la respectabilité bourgeoise sur les femmes d'âge mur.
(p. 304)

Il ne faut jamais vouloir convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit.
(p. 535)

un gros paquet [de courrier] qui ne contenait ni une lettre d'amour ni un chèque, autrement dit un courrier de merde, sans le moindre intérêt.
(p. 553)

Je veux bien mourir, mais pas à genoux égorgé par un jeune con barbu, merci bien.
(p. 663)


jeudi 7 mars 2019

Incipits: Matzneff, La Jeune Moabite



Sous la restauration, Stendhal appelait la droite catholique de retour d'exil "le parti de l'éteignoir".


Gabriel MATZNEFF, La Jeune Moabite. Journal 2013-2016. Paris : NRF Gallimard, 2017.


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