mardi 14 septembre 2010

Textes courts : Attente

ATTENTE.


Peut-être aujourd'hui passera-t-elle le seuil de cette porte.

Je tressaille à chaque bruit dans le couloir : de l’intérieur on peut tout entendre. Mes clefs se trouvent encore sur son trousseau.

Qu’elle ait déménagé ne doit, je pense, rien changer à notre affaire. Nos liens sont si profonds, les racines de chacun si clairement enfoncées dans l’autre que je ne saurais dire ce qui la retient. Tant de choses empêchent nos désirs : il faut savoir attendre.

Je l’attends chaque minute du jour. Je me permets de dormir, car, ayant le sommeil léger, je l’entendrai venir, quelque soit l’heure. Toutefois, je ne m’absente de ma demeure qu’en cas de seule stricte nécessité, et cela à contre-cœur. J’ai tôt fait de rentrer.

Mon appétit est faible ces jours-ci : je dois couver quelque rhume.

Personne ne semble l’avoir vue récemment. Je ne réponds plus qu’aux coups de téléphone qui viendraient d’elle et que j’attends, encore. Il est néanmoins fort improbable qu’elle m’appelle, n’ayant jamais eu ce mode en affection.

J’ai encore quelques uns de ses vêtements, quelques produits de toilettes, une brosse à dents, qu’elle a laissés avant de partir. Ç’a toujours été une tête-en-l’air. De son côté, elle possède encore des livres qui lui furent par moi prêtés : elle ne manquerait à me les rendre.

Mes nerfs sont à vifs. Je ne devrais pas tant m’inquiéter : c’est une grande fille, et débrouillarde, qui plus est. Peut-être passe-t-elle plus de temps avec ses deux amis qui, quoi qu’ils disent, en sont amourachés — je n’ai jamais pu les supporter, même en pensée. Il en est un que je ne connais pas même.

Quelque chose, quelqu'un doit la retenir.

Car une promesse est une promesse.

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