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jeudi 30 mai 2024

Giraudoux, Pour Lucrèce (1953)


Jean GIRAUDOUX, Pour Lucrèce Paris: Grasset, 1953.


L'homme est simple. Dans ce monde où il joue au cheval, au travail, au sou, à la gravité, il ne réclame de nous [les femmes] qu'une chose, la paix. Il ne demande pas à vivre une vraie vie, à nourrir ses vraies passions, à être ce qu'est une femme en vérité. Il nous demande la liberté de ne pas vivre, mais de mimer des sentiments. Cela lui suffit."
(I,8, Paola à Lucile, pp.69-70)

jeudi 24 octobre 2019

Erasme, Le Premier Livre des Colloques (1522)


ERASME, Le Premier Livre des Colloques (1522). Trad. Jarl-Priel. Paris: A l'Enseigne du Pot Cassé, 1934.


Il n'est rien de plus amusant que de disserter sérieusement sur des sornettes.
(Le repas aux anecdotes, p.76)

Un mauvais plaisant ne vaut guère mieux qu'un baudet, et [...] il est d'une âme vile de ne point supporter d'un fou l'offense qu'on tolèrerait d'une bête sans raison.
(Le repas sobre, p. 81)

jeudi 2 mai 2019

Mary Shelley, Frankenstein (1818,1823)


Mary SHELLY. Frankenstein or The Modern Prometheus (1818, 1831). London : Penguin Books, 1992.


There is something at work in my soul, which I do not understand.
(p.19)


jeudi 18 avril 2019

Marivaux, La Vie de Marianne (1731-42)


MARIVAUX. La Vie de Marianne (1731-42). Paris : Stock (Cent Romans Français), 1947.


La raison vous choisirait, la folie des usages vous rejette.
(p. 183)

Car il y a de certaines gens dont l'esprit n'est en mouvement que par pure disette d'idées ; c'est ce qui les rend si affamés d'objets étrangers, d'autant qu'il ne leur reste rien, que tout passe en eux, que tout en sort [...].
(p. 246)

On s'accoutume à tout dans l'abondance. Il n'y a guère de dégoût dont elle console.
(p. 450)

Quoique l'amour-propre semble quelquefois négliger ses intérêts, il n'en est pas moins ardent à les soutenir. Il est l'âme de tous nos mouvements, il agi en secret ; nous ne l'apercevons seulement pas, et souvent nous lui sacrifions intérieurement dans l'instant même où nous croyons l'immoler ou l'anéantir.
(p. 564)


jeudi 14 mars 2019

Gabriel Matzneff. La Jeune Moabite (2017)


Gabriel MATZNEFF, La Jeune Moabite. Journal 2013-2016. Paris : NRF Gallimard, 2017.


une bonne partie de nos chagrins vient de l'excessive place que nous accordons aux autres, à nos illusions touchant le besoin qu'ils ont de nous, l'intérêt qu'ils nous témoignent. [...] En réalité, les gens, y compris nos proches, se passent très bien de nous.
(pp. 229-230)

Mon journal intime ? Une somme de connaissances, d'observations, de réflexions, de choses vues sur les adolescentes, les jeunes filles, voire sur les femmes, car la femme qui, vingt ou trente ans après, renie son passé avec rage et détermination, le piétine, tente de l'effacer ou, mieux encore, le réécrit, est cette même adolescente ivre de bonheur de découvrir l'amour dans les bras de son premier amant, cette même jeune fille qui, après quelques années de félicité, ne se satisfait plus de ce qu'elle vit, commence à souffrir de jalousie, rêve de mariage, de maternité.
(p. 284)

Ne jamais sous-estimer l'emprise de la respectabilité bourgeoise sur les femmes d'âge mur.
(p. 304)

Il ne faut jamais vouloir convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit.
(p. 535)

un gros paquet [de courrier] qui ne contenait ni une lettre d'amour ni un chèque, autrement dit un courrier de merde, sans le moindre intérêt.
(p. 553)

Je veux bien mourir, mais pas à genoux égorgé par un jeune con barbu, merci bien.
(p. 663)


jeudi 28 février 2019

Gabriel Matzneff. Séraphin, c'est la fin ! (2013)


Gabriel MATZNEFF. Séraphin, c'est la fin !. Paris : La Table Ronde, 2013.


La complémentarité des sexes est une illusion platonicienne. La femme et l'homme ne sont pas faits pour s'accorder, mais pour se combattre et se détruire. [...] La passion est le seul lieu où ils puissent se retrouver, mais une telle rencontre est toujours fugace et, en définitive, source de douleur.
C'est pourquoi les femmes doivent se méfier des hommes qui les invitent à les imiter, en particulier ceux qui tentent de les convaincre qu'elles ne seront livres que le jour où, comme eux, elles travailleront. Les trémolos à la gloire du travail sont exaspérants.
(pp. 59-60, "L'ange et l'huître", Le Monde, 22/12/1979)

Les auteurs qui ont marqué notre adolescence ne nous quittent, d'une certaine façon, jamais.
(p. 67, "L'égoïsme et l'amour", , 14/11/1981)

La sauvegarde de la beauté est notre tâche commune. [...] Le combat contre la bêtise et la haine exige une vigilance sans cesse renouvelée.
(p. 70, "Les ampoules lacrymales", , 9.10,1982)

Le tourisme de masse est une des abjections de la vie moderne.
(p. 72, Lettre à ***, lettre inédite, 27/3/2005)

L'art commence là où il y a une blessure.
(p. 75, "Voici venir le Fiancé", causerie, 3/4/2006)

Ce n'est qu'avec la prise du pouvoir par la bourgeoisie d'argent, au dix-neuvième sicle, qu'on va commencer, du moins en Occident, à élever un mur de protection moralisatrice, puritaine, autour des adolescents de l'un et l'autre sexe, pour aboutir de nos jours au nouvel ordre mondial des psychiatres de gauche et des quakeresses de droite, au "sexuellement correct", qui, importé d'Outre-Atlantique, s'est dorénavant impatronisé sur la planète.
(p. 167, "Casanova ou la victoire sur la mort", conférence, 10/7/2010)

Depuis mon adolescence, que fais-je d'autre que résister ?
(p. 182, "Lettre à un lecteur, professeur de lettres, qui m'écrit vouloir se donner la mort", 29/8/2010)

Les "jeunes gens qui entrent ces jours-ci dans la vie littéraire" "risquent d'être tentés par ce qui est bien pire que la plus flicarde des censures : l'irrémédiable autocensure."
(pp. 196-197, "René Schérer, éveilleur", in Cahiers critiques de philosophie, n° 10, 2011)

L'Histoire ne repasse pas les plats.
(p. 210, "Sur deux discours", 26/10/2011)

Ce qui importe, et seul importe, c'est le style.
(p. 216, "De la censure", conférence, 9/1/2012)

les couronnes posthumes sont celles qui tiennent le plus durablement sur la tête des artistes
(p. 218, ibid.)

la littérature est semblable à une auberge espagnole : on n'y trouve que ce qu'on y apporte, et quand on veut noyer son chien on l'accuse de la rage.
(p. 218, ibid.)

Avez-vous remarqué que les fins de siècles sont souvent très bêtes ?
(p. 220, ibid.)

C'est, soit dit par parenthèse, l'unique supériorité de la littérature sur la peinture et la sculpture : lorsqu'un tableau brûle dans un incendie, quand des fanatiques afghans détruisent à la dynamite de séculaires bouddhas, c'est pour jamais. Au contraire, un livre, une fois publié, est, sauf cataclysme universel, indestructible.
(pp. 224-225, ibid.)

touchant les mœurs, la France est la servile remorque des Etats-Unis
(p. 225, ibid.)


samedi 23 février 2019

André Berry, L'Amour en France I (1962)


André BERRY. L'Amour en France. Prose et vers. Tome 1 (XIe-XVIIe siècles). Paris : La Table Ronde, 1962.


Le mariage, en ces temps reculés [XIe-XIIe s.], était déjà une des plaies majeures de l'amour.
(p.18)

Le revers de l'amour courtois : misogynes, libertins, défenseurs du droit naturel
(p. 62)

La femme fait la loi au marché, quand chacun s'empresse pour l'avoir [...] ; telle femme a bien mérité son malheur qui prend la peine d'aimer un seul homme.
(Jean de Meung, Roman de la Rose ; p. 71)

Nature n'est pas si folle qu'elle fasse naître Marotte seulement pour Robichon, si nous regardons bien, ni Robichon pour Mariette, ni pour Agnès, ni pour Perrette [...].
(ibid. ; p. 72)

Et l'union des esprits est pour moi sans délices,
Si les charmes des sens n'y prennent quelque part.

(Malherbe, ; p.312)

Pourquoi s'en prendre aux hommes de ce que les femmes ne sont pas savantes ? Par quelles lois, par quels édits, par quels rescrits leur a a-t-on défendu d'ouvrir les yeux et de lire, de retenir ce que'elles ont lu et d'en rendre compte ou dans leur consersation, ou par leirs ouvrages ? Ne se sont-elles pas, au contraire, établies elles-mêmes dans cet usage de ne rien savoir, ou par la faiblesse de leur complexion, ou par la paresse de leur esprit, ou par le soin de leur beauté, ou par une certaine légèreté qui les empêche de suivre une longue étude, ou par le talent et le génie qu'elles ont seulement pour les ouvrages de la main, ou par les distractions que donne le détail d'un domestique, ou par un éloignement naturel des choses pénibles et sérieuses, ou par une curiosité toute différente de celle qui contente l'esprit, ou par un tout autre goût que celui d'exercer leur mémoire ? Mais à quelque cause que les hommes puissent devoir cette ignorance des femmes, ils sont heureux que les femmes, qui les dominent d'ailleurs par tant d'endroits, aient sur eux cet avantage de moins.
(La Bruyère, Les Caractères ; p. 407).

Nous serons, merci Dieu, toujours femmes de bien ;
Et quand bien nous aurions du lait dans les mamelles,
Nous prouverons encor que nous sommes pucelles.

(Claude d'Esternod, "Hypocrisie d'une femme qui feignait d'être dévote et fut trouvée putain", in l'Espadon Satyrique de 1619 ; p. 415)


jeudi 1 novembre 2018

Louis Amade, Chef-lieu : la Terre (1959)


Louis AMADE. Chef-lieu : la Terre. Paris : Seghers, 1959. Couverture par Bernard Buffet.


A celui qui s'en va

A celui qui s'en va lorsque les autres restente,
à celui dont la main trembre un peu en partantn
à celui dont le cœur demeure cependant
au milieu d'un passé qui s'offre comme un geste
(p. 24)


Il faut penser à vivre...

Le vent du soir se lève, il faut penser à vitre
et les trèfles ocoupés autour de la maison
font monter jusqu'à nous d'étranges parfums ivres,
voici enfin venus les temps des déraisons.
(p. 38)




jeudi 25 août 2016

Pierre LOTI, Madame Chrysanthème



Pierre LOTI, Madame Chrysanthème. Paris : Calmann-Lévy,1909.


Il viendra un temps où la terre sera bien ennuyeuse à habiter, quand on l'aura rendue pareille d'un bout à l'autre, et qu'on ne pourra même plus essayer de voyager pour se distraire un peu. (7)

honnêteté (c'est un mot de chez nous qui, au Japon n'a pas de sens) (46)

Quel dommage que cette petite Chrysanthème ne puisse pas toujours dormir : elle est très décorative, présentée de cette manière (103)

Nous passons sans bien comprendre au milieu de leur gaîté et de leur rire, qui sont au rebours des nôtres... (164)


mardi 5 avril 2016

Marguerite YOURCENAR, Les Charités d'Alcippe


Marguerite YOURCENAR, Les Charités d'Alcippe. Paris : Gallimard, 1984. Nouvelle édition.

M'ont traîné dans des lits que je ne savais pas. ("Les Charités d'Alcippe", p. 12)

J'existe à tout jamais dans ce que j'ai donné. ("Les Charités d'Alcippe", p. 12)


jeudi 16 avril 2015

Tristan DEREME, L'enlèvement au clair de lune


Tristan DEREME. L'enlèvement au clair de lune, ou les propos et les amours de M. Théodore Decalandre. Paris : Emile-Paul Frères, 1925.

[V]otre jeune tristesse est comme mon ancienne joie ; c'est vous-même qui la faites. (p. 55)

[V]ous pensez comme moi qu'il n'est pas de poésie sans une règle, et que l'expression vers-libre est synonyme de l'expression rond-carré. (p. 132)


lundi 2 février 2015

Bruno BETTELHEIM, Psychanalyse des contes de fées


Bruno BETTELHEIM. Psychanalyse des contes de fées (The Uses of Enchantment). Paris : Robert Laffont (Pluriel), 1976 (éd. 1996).


Les contes du cycle de l'animal-fiancé nous disent que c'est surtout la femme qui doit modifier son attitude envers la sexualité, en l'acceptant au lieu de la repousser ; tant que les choses sexuelles lui paraissent laides et animales, elles gardent leur nature animale chez l'homme ; c'est-à-dire qu'il n'est pas désensorcelé. Tant que l'un des deux partenaires déteste l'autre sexe, l'autre ne peut pas en tirer plaisir ; tant que l'un des deux partenaires le considère comme étant de nature animale, l'autre reste en partie un animal pour lui-même et pour son (ou sa) partenaire. (p.413)


samedi 3 novembre 2012

Blaise Cendrars : Bourlinguer


car écrire c'est peut-être abdiquer. (125)

 (Cendrars et Modigliani, 198 et sqq.)

Il faut vivre d'abord. (327)

Il ne faut point vouloir juger. On peut à peine comprendre son prochain. (351)


Blaise CENDRARS, Bourlinguer.
Denoël, 1948.


lundi 9 avril 2012

Karl KRAUS : Aphorismes



L'élément que le musicien met en forme est le son, le peintre parle en couleurs. Aussi nul profane honorable, qui ne parle qu'en mots, ne tranchera-t-il de musique et de peinture. L'écrivain met en forme un matériel qui est accessible à tous : le mot. Aussi tout lecteur tranchera-t-il de l'art des mots. Les analphabètes du son et de la couleur sont modestes. Mais les gens qui peuvent lire ne passent pas pour des analphabètes.

Le malheur, c'est que la poésie procède d'un matériel  que la racaille a journellement entre les doigts. C'est pourquoi c'est sans espoir pour la littérature.

La langue est la mère, non la fille, de la pensée.

Une pensée n'est légitime que si on a le sentiment de se surprendre en flagrant délit de plagiat de soi.

La langue serait la mère de la pensée ? Qui ne serait pas le mérite de qui pense ? Oh que si, il doit l'engrosser.

Ô cette main gauche de Midas du journalisme, qui transforme toute pensée étrangère qu'elle touche, en opinion ! Comment réclamer de l'or volé, si le voleur n'a que du cuivre en poche ?


Karl KRAUS, Aphorismes (1001 nuits, 1998).

vendredi 19 août 2011

André DHÔTEL : Nulle part


André DHÔTEL. Nulle part. Paris : Pierre Horay, 1977. Nvelle éd. revue par l'auteur.


— Pourquoi je ne me suis pas marié ? À cause d'une fille qui travaillait en usine et que je rencontrais le soir dans un chemin. Pas de chemin plus bête sous le ciel. C'était en bordure d'un ruisseau qui transportait les saletés d'une tannerie. Cette gamine m'a fait dépenser tout mon argent, elle m'a trompé, mais quand je pense à elle je ne vois pas le ruisseau dégoûtant, je revois des étoiles comme des lames de couteau, et je voudrais recommencer toute l'histoire.
(86)

— On prétend que Parenteille aime le bluff et la parade, qu'on sèmera des pelures d'orange dans le kiosque à musique, et on lui envoie déjà des boites de pâte à faire briller les cuivres, pour qu'il entretienne les boutons de son uniforme.
(93)

— Non, je n'ai aucune envie de me jeter à l'eau, reprit Jacques. On m'a enseigné (j'avais des dispositions pour cela) à être poli avec le monde et d'abord avec la vie de tous les jours.
(171)

— Les choses importantes, pour moi, cela ne va pas plus loin que le bruit du moteur, ou cette espèce de colline que tu vois là-bas au soleil, ou la cigarette que je vais fumer : l'amour, les femmes, c'est merveilleux, à condition que cela ne tienne pas plus de place qu'une route, ou qu'un arbre du bon Dieu.
(229)


vendredi 3 septembre 2010

Tobias SMOLLETT : Travels through France & Italy





Tobias SMOLLETT. Travels through France & Italy (1763-1765). Intro. Thomas SECCOMBE. London / NY / Toronto : O.U.P. / Henry Frowde, 1907.


"I know not whether I may be allowed to compare the Romish religion to comedy, and Calvinism to tragedy. The first amuses the sense, and excites the ideas of mirth and good-humour; the other, like tragedy, deals in the passions of terror and pity."
(Letter IV; 30)

Regarding the "devotee" of Boulogne — "For my part, I never knew a fanatic that was not an hypocrite at bottom. Their pretensions to superior sanctity, and an absolute conquest over all the passions, [...] introduce a habit of dissimulation, which, like all other habits, is confirmed by use, till at length they become adepts in the art and science of hypocrisy. Enthusiasm and hypocrisy are by no means incompatible. The wildest fanaticts I ever knew, were real sensualists in their way of living, and cunning cheats in their dealings with mankind."
(V; 41)

"If a Frenchman is admitted into your family, and is distinguished by repeated marks of your friendship and regard, the first return he makes for your civilities is to make love to your wife, if she is handsome; if not, to your sister, or daughter, or niece."
"If a Frenchman is capable of real friendship, it must certainly be the most disagreeable present he can possibly make ot a man of true English character."
(VII; 63)

"Vanity, indeed, predominates among all ranks, to such a degrgee, that they are the greates egotists in the world [...]."
(VII; 66)

"they will rummage your trunks , and turn all your cloaths topsy turvy."
(XII; 113)


mercredi 4 mars 2009

ROUSSEAU : Discours sur l'origine et les fondemens de l'inégalité parmi les hommes.



Jean-Jacques ROUSSEAU, Œuvres..., T. 9, Discours sur l'origine et les fondemens de l'inégalité parmi les hommes. Paris : Bossange, 1791.


"J'aurais voulu vivre et mourir libre, c'est-à-dire, tellement soumis aux loix, que ni moi ni personne n'en pût secouer l'honorable joug ; ce joug salutaire et doux, que les têtes les plus fières portent d'autant plus docilement, qu'elles sont faites pour n'en porter aucun autre." (Dédicace ; 42-43)

"Car il en est de la liberté comme de ces aliments solides et succulens, ou de ces vins généreux, propres à nourrir et fortifier les tempéraments robustes qui en ont l'habitude, mais qui accablent, ruinent et enivrent les foibles et délicats qui n'y sont point faits." (Dédicace ; 44)

"et vous n'avez plus besoin, pour devenir parfaitement heureux, que de savoir vous contenter de l'être." (Dédicace ; 53-54)

"quelque penchant qu'on ait vers le vice, il est difficile qu'une éducation dont le cœur se mêle, reste perdue pour toujours." (Dédicace ; 61)

"Qu'une jeunesse dissolue aille chercher ailleurs des plaisirs faciles et de longs repentirs." (Dédicace ; 68)

L'on ne trouve plus en l'homme "que le difforme contraste de la passion qui croit raisonner, et de l'entendement en délire." (Préface, 72)

"former des conjectures tirées de la seule nature de l'homme et des êtres qui l'environnent, sur ce qu'auroit pu devenir le genre humain s'il fut resté abandonné à lui-même." (Discours... ; 91)

"Mécontent de ton état présent, par des raisons qui annoncent à ta postérité malheureuse de plus grands mécontentements encore, peut-être voudrois-tu rétrograder ; et ce sentiment doit faire l'éloge de tes premiers aïeux, la critique de tes contemporains, et l'effroi de ceux qui auront le malheur de vivre après toi." (92)

"Il en est ainsi de l'homme même : en devenant sociable et esclave, il devient foible, craintif, rampant, et sa manière de vivre molle et effeminée, achève d'énerver à la fois sa force et son courage." (I ; 105)

C'est sa "perfectibilité" qui "le rend à la longue le tyran de lui-même et de la nature." (I ; 111)

Agriculture = le moins lucratif de tous les arts, car prix doit être proportionnel aux facultés des plus pauvres. Arts : lucratifs inversement à leur utilité ; arts les plus néessaires seront négligés. (I, note 9 ; 243).

"Plus les capitales frappent d'admiration les yeux stupides du peuple, plus il faudroit gémir de voir les campagnes abandonnées, les terres en friche, & les grands chemins inondés de malheureux citoyens devenus mendiants ou voleurs, & destinés à finir un jour leur misère sur la roue ou sur un fumier." (I, note 9 ; 244)

"toutes ces grandes choses, savoir, les arts, les sciences et les loix, ont été très-sagement inventées par les hommes, comme une peste salutaire pour prévenir l'excessive multiplication de l'espèce, de peur que ce monde, qui nous est destiné, ne devint à la fin trop petit pour ses habitants." (I, note 9 ; 245)

"Les particuliers ont beau aller et venir, il semble que la philosophie ne voyage point : aussi celle de chaque peuple est-elle peu propre pour un autre." (I, note 10 ; 256)

"Pour prêcher utilement l'Evangile, il ne faut que du zèle, et Dieu donne le reste ; mais pour étudier les hommes, il faut des talens que Dieu ne s'engage à donner à personne, et qui ne sont pas toujours le partage des saints." (I, note 10 ; 257)

"cette espèce de mémoire pour laquelle un individu donne la préférence à un individu pour l'acte de la génération, exige [...] plus de progrès et de corruption dan l'entendement humain, qu'on ne lui en peut supposer dans l'état d'animalité dont il s'agit ici." (I, note 12 ; 268)

"Le premier langage de l'homme, le langage le plus universel, le plus énergique et le seul, dont il eut besoin avant qu'il fallût persuader des hommes assemblés, est le cri de la nature." (I ; 122-123)

"les abstractions sont des opérations pénibles et peu naturelles." (I ; 125)

"Toute idée générale est purement intellectuelle ; pour peu que l'imagination s'en mêle, l'idée devient aussitôt particulière." (ex. : arbre, triangle) (I ; 126)

"Je demande si jamais on a ouï dire qu'un sauvage en liberté ait seulement songé à se plaindre de la vie et à se donner la mort ? Qu'on juge donc avec moins d'orgueil, de quel côté est la véritable misère." (I ; 131)

"le pur mouvement de la nature, antérieur à toute réflexion" = "force de la pitié naturelle". (I ; 137)
"de cette seule qualité découlent toutes les vertus sociales" : générosité, clémence, humanité, bienveillance, amitié : pitié appliquée aux faibles, coupables, à l'espèce humaine, à un objet particulier (I ; 138).

"Amour de soi" = naturel, au contraire de "amour propre", création de la raison, fortifiée par la rélfexion, qui "replie l'homme sur lui-même". (I ; 139)

"la pitié est un sentiment naturel, qui, modérant dans chaque individu l'activité de l'amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute espèce." (I ; 140)

"le moral de l'amour est un sentiment factice, né de l'usage de la société, et célébré par les femmes avec beaucoup d'habileté et de soin pour établir leur empire, et rendre dominant le sexe qui devroit obéir." (I ; 143)

"le devoir d'une éternelle fidélité ne sert qu'à faire des adultères, et [...] les loix même de la continence et de l'honneur étendent nécessairement la débauche et multiplient les avortements." (I ; 147)

"Le premier qui ayant enclos un terrain, s'avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simple pour le croire, fut le vrai créateur de la société civile." (II ; 155)

"de libre et indépendant qu'étoit auparavant l'homme, le voilà par une multitude de nouveaux besoins assujetti, pour ainsi dire, à toute la nature, et surtout à ses semblables, dont il devient l'esclave en un sens, même en devenant leur maître." (II ; 178)

"la société et [les] loix [...] donnèrent de nouvelles entraves au faible et de nouvelles forces aux riches, détruisirent sans retour la liberté naturelle, fixèrent pour jamais la loi de la propriété et de l'inégalité, d'une adroite usurpation firent un droit irrévocable, et pour le profit de quelques ambitieux, assujettirent désormais tout le genre humain au travail, à la servitude et à la misère." (II ; 185)

"ce n'est pas à des esclaves qu'il appartient de raisonner de liberté." (II ; 194)

*

lundi 2 mars 2009

NIETZSCHE : Le livre du philosophe.


Friedrich NIETZSCHE. Le livre du philosophe. Études théorétiques. Trad., intro. & notes par A. KREMER-MARIETTI. P : FG Flammarion, 1998.

(Quelques commentaires sur Petits Bouts de Nietzsche Un et Deux.)

I — Le dernier philosophe. Considérations sur le conflit de l'art et de la connaissance. (1872)

"L'instinct de la connaissance sans discernement est semblable à l'instinct sexuel aveugle — signe de bassesse !" (20 ; 40)

"Le philosophe et l'artiste parlent des secrets de métier de la nature." (24 ; 42)

"Le philosophe en tant que frein de la roue du temps." (ibid.)

"L'histoire et les sciences de la nature furent nécessaires contre le Moyen Âge : le savoir contre la croyance. Contre le savoir nous dirigeons maintenant l'art : retour à la vie ! Maîtrise de l'instinct de connaissance ! Renforcement des instincts moraux et esthétiques ! " (43 ; 51)

"La bonté et la pitié sont heureusement indépendantes du dépérissement et de la réussite d'une religion : par contre les bonnes actions sont bien déterminées par des impératifs religieux. La majeure partie des bonnes actions conformes au devoir n'a aucune valeur éthique, mais est obtenue par contrainte.
La moralité pratique souffrira beaucoup de la chute d'une religion. Il semble que la métaphysique de la récompense et de la punition soit indisensable.
Si l'on pouvait créer les mœurs, des mœurs puissantes ! Avec elles on aurait aussi la moralité." (45 ; 52)

dans les instincts se montre une "unité dominante" = "Volonté" (46 ; 52)

"Tout ce qui représente un réel effort de vérité est venu au monde par le combat pour une conviction sacrée : par le pathos du combattre : autrement l'homme n'a aucun intérêt pour l'origine logique." (49 ; 53-54)

"Nous ne vivons que grâce à des illusions — notre conscience effleure la surface." (50 ; 55)

"le philosophe reconnaît le langage de la nature et dit : "Nous avons besoin de l'art" et "il ne nous faut qu'une partie du savoir"." (51 ; 55)

"L'art repose sur l'imprecision de la vue." (54 ; 57)

"Penser, c'est un discerner. / La pensée consciente n'est qu'un choix parmi des représentations." (63 ; 62)

"Il existe une double force artiste : celle qui produit les images et celle qui les choisit." (64 ; 62)

"Là où l'on ne peut rien savoir de vrai, le mensonge est permis." (70 ; 66)

sensation —> opération de raisonnement —> sentiment de causalité —conscience, donc moins vieille que la mémoire, comme essence de la sensation : "sensation et mémoire sont dans l'essence des choses" (97 ; 77), "à l'essence de la matière. [...] La logique tout entière se résout donc dans la nature en système de plaisir et de déplaisir." (98 ; 77) = "lois éternelles de la nature" (ibid.).

"La faculté principale me semble être de percevoir la forme, me semble reposer sur un miroir. L'espace et le temps ne sont que des choses mesurées, mesurées sur un rythme." (107 ; 80-81)

"Tout art repose sur le miroir de l'œil." (112 ; 81)

"L'humanité a dans la connaissance un beau moyen un périr." (125 ; 86)

"Je tiens faux de parler d'un but inconscient de l'humanité. Elle n'est pas un tout comme une fourmilière. Peut-être peut-on parler du but inconscient d'une cité, d'un peuple : mais quel sens cela a-t-il de parler du but inconscient de toutes les fourmilières de la terre ?" (135 ; 88)

"Chez Socrate la véracité entre en possession de la logique : elle remarque l'infinie difficulté de dénommer justement." (143 ; 93)

"Le fait de connaître est seulement le fait de travailler sur les métaphores les plus agrées, c'est donc une façon d'imiter qui n'est plus sentie comme imitation. Il ne peut donc naturellement pas pénétrer dans le royaume de la vérité." (149 ; 95)

"A strictement parler, le fait de connaître a la seule forme de la tautologie et est vide. Toute connaissance qui nous fait avancer est une manière d'identifier le non-identique et le semblable, c'est-à-dire est essentiellement illogique." (150 ; 96)

"essence de la définition" : "un solide déterminé ets égal à tant et tant de relations" ; conséquences de l'essence : jugement synthétique. —> il y a métonymie : fausse équation. Confusion choses et concepts des choses. Illogique, "non-savoir" & "faux-savoir". (152 ; 97-98)

"A ceux qui ne veulent ressentir qu'une satisfaction d'érudit, je n'ai pas rendu la chose facile [...]. Les citations manquent." (161 ; 101)
II — Le philosophe comme médecin de la civilisation (1873)
III — Introduction théorétique sur la vérité et le mensonge au sens extra-moral (1873)

"En tant


"En tant qu'il est un moyen de conservation pour l'individu, l'intellect développe ses forces principales dans la dissimulation ; celle-ci est en effet le moyen par lequel les individus les plus faibles, les moins robustes, subsistent en tant que ceux à qui il est refusé de mener une lutte pour l'existence avec des cornes ou avec la mâchoire aiguë d'une bête de proie. Chez l'homme cet art de la dissimulation atteint son sommet : l'illusion, la flatterie, le mensonge et la tromperie, les commérages, les airs d'importance, le lustre d'emprunt, le port du masque, le voile de la convention, la comédie pour les autres et pour soi-même, bref le cirque perpétuel de la flatterie pour une flambée de vanité, y sont tellement la règle et la loi que presque rien n'est plus inconcevable que l'avènement d'un honnête et pur instinct de vérité parmi les hommes. Ils sont profondément plongés dans les illusions et les songes, leur œil ne fait que glisser à la surface des choses, il y voit des "formes", leur sensation ne conduit nulle part à la vérité, elle se contente seulement de recevoir des excitations et de jouer comme sur un clavier sur le dos des choses." (1 ; 118)

"Comme l'abeille travaille en même temps à construite les cellules et à remplir ces cellules de miel, ainsi la science travaille sans cesse à ce grand colombarium des concepts, au sépulcre des intuittions, et construit toujours de nouveaux et de plus hauts étages, elle façonne, nettoie, rénove les vieilles cellules, elle s'efforce surtout d'emplir ce colombage surélevé jusqu'au monstrueux et d'y ranger le monde empirique tout entier, c'est-à-dire le monde anthropomorphique." (2 ; 129)


"Il faut ici admirer l'homme pour ce qu'il est un puissant génie de l'architecture qui réussit à ériger, sur des fondements mouvants et en quelque sorte sur l'eau courante, un dôme conceptuel infiniment compliqué" (& ; 125)

"entre deux sphères absolument différentes, comme le sujet et l'objet, il n'y a pas de causalité, pas d'exactitude, pas d'expression, mais tout au plus un rapport esthétique, je veux dire une transposition insinuante, une traduction balbutiante dans une langue tout à fait étrangère" (1 ; 127)

"Comme l'abeille travaille en même temps à construite les cellules et à remplir ces cellules de miel, ainsi la science travaille sans cesse à ce grand colombarium des concepts, au sépulcre des intuittions, et construit toujours de nouveaux et de plus hauts étages, elle façonne, nettoie, rénove les vieilles cellules, elle s'efforce surtout d'emplir ce colombage surélevé jusqu'au monstrueux et d'y ranger le monde empirique tout entier, c'est-à-dire le monde anthropomorphique." (2 ; 129)

savant / homme d'action : "instinct qui pousse à former des métaphores" — cherche nv domaine pr activité & autre "lit d'écoulement" — ds mythe & art — proche du rêve — Grecs. (2 ; 129-130) — dissimulation (131) libération. Guidé non par concepts mais intuitions. Homme rationnel / homme intuitif (Grec). Immédiateté de l'illusion. (132)

"A la question : est-il permis de sacrifier l'humanité à une folie, on devrait répondre non. Mais pratiquement cela arrive, parce que le fait de croire à la vérité est précisément une folie." (177 ; 135)

Scepticisme comme "point de vue proprement ascétique de la pensée", bannit la foi. Mais foi en la logique (177 ; 136) & en la vie. Eudémonie.
Logique = "esclavage dans les liens du langage" (136).
3 puissances illogiques : amour, religion, art (137).

Il n'est pas d'instinct de la connaissance de la vérité ; seulement instinct de la croyance à la vérité. (180 ; 137)

Art comme mensonge ? mais "traite de l'apparence en tant qu'apparence : il ne veut donc pas tromper, il est vrai." (184 ; 139)

"Tous les instincts liés au plaisir et au déplaisir — il ne peut y avoir un instinct de vérité, c'est-à-dire d'une vérité complètement sans suites, pure, sans émotion ; car là s'arrêterait plaisir et déplaisir et il n'y a pas d'instinct qui ne pressente pas une joie dans la satisfaction. La joie de penser ne démontre pas un désir de vérité." (181 ; 138)

"Seul celui qui pourrait considérer le monde tout entier comme apparence serait en état de l'envisager sans désir et sans instinct : l'artiste et le philosophe. [...] / Tant qu'on recherche la vérité dans le monde, on se tient sous la domination de l'instinct : mais celui-ci veut le plaisir et non la vérité, il veut la croyance à la vérité, c'est-à-dire les effets de plaisir de cette croyance. / Le monde comme apparence — le saint, l'artiste, le philosophe." (184 ; 139)

"Platon comme prisonnier, proposé sur un marché d'esclaves — pour quel emploi les hommes peuvent-ils vouloir le philosophe ? — Cela fait deviner pour quel usage ils veulent la vérité." (186 ; 140)

IV — La science et la sagesse en conflit (1875)

Science (avant habitude & instinct) apparaît : 1) si si dieux méconsidérés ; avantage de connaître qqch plus solidement, 2) égoïsme pousse individu (professionnel comme navigation) à chercher intérêt au moyen de la science, 3) qqch pr gens distingués oisifs, comme curiosité, 4) dans va-vient des opinions du peuple, individu cherche fondement pluus ferme. (188 ; 143)

Sagesse se montre dans : 1) généralisation illogique & hâte de sauter aux dernières conclusions, 2) rapport de ces résultats à la vie, 3) importance absolue donnée à l'âme, 1 seule chose urgente. (188 ; 143)

Socratisme = 1) sagesse car prend âme au sérieux, 2) science car crainte & haine de la généralisation illogique, 3) 1 singularité car exigence dans conduite consciente & logiquement correcte ; nuit à science & et vie éthique. (188 ; 144)

"Socrate, simple aveu de ma part, m'est si proche que je suis en perpétuel conflit avec lui." (188 ; 144)

"Même l'indépendance n'est qu'apparente : chacun finit toujours par se rattacher à ses prédécesseurs. Phantasme après Phantasme. Il est bizarre de tout prendre si sérieusement. Toute la philosophie la plus ancienne est comme un étrangelabyrinthe que parcourt la raison. Il faut adopter un style de rêve ou de conte." (189 ; 145)

Grecs : civilisation produit ses propres correctifs (philosophes). (192 ; 147)

"Comment cette époque s'éteint-elle ? D'une façon peu naturelle. Où se trouvent les germes de la corruption ? / LA fuite des meilleurs à l'écart du monde fut un grand malheur. A partir de Socrate : l'individu se prit trop au sérieux tout d'un coup. / La peste s'y ajouta, pour Athènes. / Ensuite on alla à l'abîme par les guerres contre les Perses. Le danger fut trop grand et la victoire trop extraordinaire. La mort du grand lyrisme et de la philosophie." (192 ; 146-147)

Présocratiques dénués de "l'infâme prétention au bonheur" (193 ; 147), comme c'est le cas à partir de Socrate.

"Socrate, le nouveau dithyrambe, la nouvelle tragédie, l'invention du rhéteur !" (193 ; 148)

"Comment faut-il comprendre le combat de Platon contre la rhétorique ? Il envie son influence." (193 ; 148)

"Le réformateur manqué est Empédocle ; après son échec il ne restait plus que Socrate." (194 ; 149)

"[l]a plus grande perte que l'humanité puisse subir, c'est l'avortement des types de vie supérieurs." (194 ; 149)

"Les hommes doivent apprendre à vivre avec beaucoup plus de prudence." (199 ; 157)

*

jeudi 19 février 2009

ROUSSEAU : Lettre à Monsieur Philopolis.



Jean-Jacques ROUSSEAU, Œuvres..., T. 9, Lettre de J. J. Rousseau à Monsieur Philopolis. Paris : Bossange, 1791.


"la raison, ce grand véhicule de toutes nos sottises" (281)



samedi 24 janvier 2009

WITTGENSTEIN : Tractatus logico-philosophicus.


Ludwig WITTGENSTEIN, Tractatus logico-philosophicus (1918). Paris : Gallimard, "Tel", 1999. Trad. P. Klossowski, intro. B. RUSSELL.


"Il se peut que ce livre ne soit compris que par celui qui aura lui-même déjà pensé les pensées qui y sont exprimées — ou des pensées analogues." (Préface ; 27)

"Le livre traite des problèmes de philosophie et, comme je le crois, montre que la formulation de ces problèmes repose sur un malentendu de la logique de notre langage. On pourrait résumer tout le sens du livre en ces mots : tout ce qui peut être dit peut être dit clairement ; et ce dont on ne peut parler, il faut le taire." (ibid.)

"je n'indiquerai pas de sources, parce qu'il m'est indifférent de savoir si ce que j'ai pensé l'a déjà été par un autre avant moi." (ibid.)

"La plupart des propositions et des questions qui ont été écrites sur des matières philosophiques sont non pas fausses, mais dépourvues de sens. Pour cette raison nous ne pouvons absolument pas répondre aux questions de ce genre, mais seulement établir qu'elles sont dépourvues de sens. La plupart des propositions et des questions des philosophes viennent de ce que nous ne comprenons pas la logique de notre langage. [...]
Et il n'est pas étonnant que les problèmes les plus profonds ne soient en somme nullement des problèmes." (4.003 ; 46)

"comprendre une proposition, c'est savoir ce qui arrive, quand elle est vraie." (4.024 ; 48)

"la possibilité de la proposition repose sur le principe de la représentation d'objets par des signes.
Ma pensée fondamentale est que les "constantes logiques" ne représentent pas. Que la logique des faits ne se laisse pas représenter." (4.0312 ; 49)

"La totalité des propositions vraies constitue la totalité des sciences de la nature." (4.11 ; 52)

"La philosophie n'est aucune des sciences de la nature." (4.111 ; 52)

"Le but de la philosophie est la clarification logique de la pensée.
La philosophie n'est pas une doctrine mais une activité.
Une œuvre philosophique consiste essentiellement en élucidations.
Le résultat de la philosophie n'est pas une nombre de "propositions philosophiques" mais le fait que des propositions s'éclaircissent." (4.112 ; 52)

Psychologie (= science de la nature) non-apparentée à la philosophie. (4.1121 ; 52)

"La philosophie délimite le domaine discutable des sciences de la nature" (4.113), "délimite le concevable" (4.114), "signifiera l'indicible, en représentant clairement le dicible." (4.115 ; 53)

" 4.116 — Tout ce qui peut être en somme pensé, peut être clairement pensé. Tout ce qui se laisse exprimer, se laisse clairement exprimer." (53)

"La proposition ne peut représenter la forme logique, celle-ci se reflète dans la proposition." (4.12 ; 53)

"4.1212 — Ce qui peut être montré ne peut pas être dit." (53)

"Les formes logiques sont étrangères au nombre." (4.128 ; 57)

"Le sens de la proposition est sont accord et son désaccord avec les possibilités de l'existence et de la non-existence des états de choses." (4.2 ; 57)

"l'introduction des propositions élémentaires est fondamentale pour la compréhension de toutes les autres sortes de propositions." (4.411 ; 60)

"La proposition montre ce qu'elle dit, la tautologie et la contradiction montrent qu'elles ne disent rien [, ...] sont vides de sens." (4.461 ; 62)
(vide de sens, sinnlos ≠ non-sens, unsinning)

"La proposition est une fonction de vérité des propositions élémentaires." (5. ; 64)

"Les propositions élémentaires sont les arguments de vérité des propositions." (5.01 ; 64)

arguments de fonctions ≠ indices de noms. (5.02 ; 65)

"Celles des possibilités de vérité de ses arguments de vérité qui avèrent la proposition, je les nommerai ses raisons de vérité." (5.101 ; 66)

"Il ne peut être conclu d'aucune manière de l'existence d'un quelconque état de choses à l'existence d'un état de choses totalement différent." (5.135 ; 67)

"Nous ne pouvons inférer les événements de l'avenir des événements présents.
La croyance au rapport de cause à effet est la superstition." (5.1361 ; 67)

"Une proposition n'est en soi ni probable ni improbable. Un événement intervient ou n'intervient pas." (5.153 ; 69)

"L'unité de la proposition de probabilité est que : les circonstances — que je ne connais pas davantage autrement — donnent à un événement déterminé tel ou tel degré de probabilité." (5.155 ; 69)

"Ainsi la probabilité est une généralisation.
Elle implique la description générale d'une forme de proposition.
Seul le manque de certitude nous fait recourir à la probabilité. — Lorsque nous ne connaissons pas entièrement un fait, mais nous savons bien quelque chose quant à sa forme.
(Une proposition peut sans doute être une image incomplète d'un certain état de choses mais elle est toujours une image complète.)
La proposition de probabilité est pour ainsi dire une extraction d'autres propositions." (5.156 ; 69)

"L'opération est l'expression d'une relation entre les structures de sont résultat et de ses bases." (5.22 ; 70)

"Les fonctions de vérité des propositions élémentaires sont le résultat d'opérations qui ont pour bases les propositions élémentaires. (Je nomme ces opérations des opérations de vérité.)" (5.234 ; 70)

L'opération "se montre dans une variable", "contribue à exprimer la différence des formes" (5.24 ; 70)

opération ≠ fonction (5.25 ; 71)

"Chaque proposition est le résultat d'opérations de vérité sur des propositions élémentaires." (5.3. ; 72)

"Toutes propositions de logique disent cependant la même chose. À savoir, rien." (5.43 ; 73)

"Il doit apparaître clairement qu'il n'y a pas de nombres en logique." (5.453 ; 74)

"En logique il n'y a aucune coexistence, il ne peut y avoir aucune classification." (5.454 ; 74)

"là où se trouvent [argument & fonction], se trouvent déjà toutes les constantes logiques." (5.47 ; 75)

"5.471 — La forme générale de la proposition est l'essence de la proposition.
5.4611 — Indiquer l'essence de la proposition c'est indiquer l'essence de toute description, donc l'essence du monde. " (75)

"5.511 — Comment la logique qui embrasse toute chose, qui reflète le monde, peut-elle avoir recours à des attrapes et à des manipulations aussi spéciales ? Pour la seule raison que ces moyens sont liés en un filet infiniment subtil, au grand miroir." (77)

"La vérité ou la fausseté de chaque proposition change en effet quelque chose à la structure générale du monde." (5.5262 ; 80)

"le signe d'identité n'est pas une partie intégrante essentielle de la notation logique." (5.533 ; 81)

"5.551 — Notre principe fondamental est que chaque question qui se peut résoudre par la logique doit pouvoir se résoudre sans plus.
(Et si nous sommes amenés à répondre à pareil problème en considérant le monde, cela prouve que nous sommes dans une voie foncièrement fausse.)" (84)

"La logique précède toute expérience — (qui nous apprend) que quelque chose est ainsi.
Elle précède le Comment, non le Quoi." (5.552 ; 84)

"Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde. " (5.6 ; 86)

"Ce que nous ne pouvons penser, nous ne saurions le penser ; donc nous ne pouvons dire ce que nous ne saurions penser." (5.61 ; 86)

"Le sujet n'appartient pas au monde, mais il constitue une limite du monde." (5.632 ; 87)

propositions logiques, analytiques = tautologies, ne disent rien (6.1., 6.11 ; 93)
"ne peuvent pas être confirmées par l'expérience pas plus qu'elles ne peuvent être réfutées par elle." (6.1222 ; 93)
"décrivent l'échafaudage du monde, ou plutôt, elles le représentent. Elles ne "traitent" de rien." (6.124 ; 94)

"En logique, processus et résultat sont équivalents. (De ce fait point de surprise.)" (6.1261 ; 94)

"La logique du monde, que les propositions de logique montrent dans les tautologies, les mathématiques la montrent dans les équations." (6.22 ; 97)

mathématiques = "méthode de logique" (6.234) ; calcul ≠ expérience (6.2331 ; 98)

"L'investigation logique constitue l'investigation de toute régularité. Et hors de la logique, tout n'est qu'accident.' (6.3 ; 98)

"Le monde est indépendant de ma volonté." (6.373 ; 102)

"Toutes les propositions sont d'égale valeur." (6.4 ; 103)

"Le sens du monde doit se trouver en dehors du monde." (6.41 ; 103) ; il n'existe pas de "propositions éthiques" (6.42), "l'éthique ne se peut exprimer" (6.44 ; 105).

"Ce qui est mystique, ce n'est pas comment est le monde, mais le fait qu'il est." (6.44 ; 105)

"Une réponse qui ne peut être exprimée suppose une question qui elle non plus ne peut être exprimée.
L'énigme n'existe pas.
Si une question se peut absolument poser, elle peut aussi trouver sa réponse." (6.5 ; 105)

"Le scepticisme n'est pas réfutable, mais est évidemment dépourvu de sens s'il s'avise de douter là où il ne peut être posé de question." (6.51 ; 105)

"Il y a assurément de l'inexprimable. Celui-ci se montre, il est l'élément mystique." (6.522 ; 106)

"6.53 — La juste méthode de la philosophie serait en somme la suivante : ne rien dire sinon ce qui peut se dire, donc les propositions des sciences de la nature — donc quelque chose qui n'a rien à voir avec la philosophie — et puis à chaque fois qu'un autre voudrait dire quelque chose de métaphysique, lui démontrer qu'il pas pas donné de signification à certains signes dans ses propositions." (106-107)

"7. — Ce dont on ne peut parler, il faut le taire."


Plan

1. Le monde est tout ce qui arrive.
2. Ce qui arrive, le fait, est l'existence d'états de choses.
3. Le tableau logique des faits constitue la pensée.
4. La pensée est la proposition ayant un sens.
5. La proposition est une fonction de vérité des propositions élémentaires.
(La proposition élémentaire est une fonction de vérité d'elle-même.)
6. La forme générale de la fonction de vérité est [p¯, ξ¯, N (ξ¯)].
7. Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.


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